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Block Magazine

La créativité a sa place
Numéro 24

Pulsations pow-wow

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, le pow-wow cadence la vie de Nimkii Osawamick. Tambour, chant, médiation… Le célèbre danseur de cerceau a depuis ajouté des cordes à son arc pour raconter ses histoires.

Par: Ossie Michelin

Photos par: JOHN PAILLÉ

Nimkii Osawamick avait trois ans lors de son premier pow-wow. Il portait la tenue traditionnelle des danseurs de l’herbe, préparée par sa mère. L’artiste anichinabé, originaire de Wikwemikong sur l’île Manitoulin, est depuis devenu un danseur de cerceau reconnu, discipline qu’il enseigne également, et vient d’être nommé aux prix Juno pour sa nouvelle activité créative : le chant.

Il n’en revient pas que son groupe, Nimkii and the Niniis (ou « Nimkii et les gars »), fasse partie de la toute nouvelle catégorie « Artiste ou groupe autochtone traditionnel de l’année » de ce gala qui récompense le meilleur de la musique canadienne.

« C’est tellement tripant pour moi, pour l’enfant qui a grandi dans les pow-wow », lance-t-il. Car c’est bien là que tout a commencé. Le tambour du pow-wow rythme sa vie depuis cette première danse tout petit. À 13 ans, il participe à des compétitions de danse libre, l’un des quatre fondements de la danse pow-wow. Deux ans plus tard, il trouve sa vocation.

« La danse du cerceau a changé ma vie, affirme-t-il un grand sourire aux lèvres. Elle m’a permis de voir le monde autrement : j’ai plus de respect aujourd’hui pour tout ce qui est vivant. »

Populaire dans la tradition autochtone, cette danse est un élément de base des pow-wow. Le danseur évolue avec plusieurs cerceaux, parfois une vingtaine, les faisant tourner au rythme du tambour.

Nimkii Osawamick au bord du lac McGinnis dans le parc provincial Petroglyphs, en Ontario.

« C’est le meilleur moyen de raconter une histoire », poursuit-il. Le danseur enchaîne les figures à une vitesse vertigineuse : les cerceaux tournoient dans les airs et, la seconde d’après, se retrouvent rassemblés. Leurs mouvements, leurs entrelacements, représentent tour à tour des plantes ou des animaux, comme le serpent, l’ours et l’oiseau-tonnerre.

« La danse du cerceau raconte la vie végétale et animale. Elle raconte que notre corps est un maillon de la chaîne et que, sans toutes ces grandes nations auxquelles elle rend hommage, on ne serait pas là aujourd’hui. »

Quant à la tenue du danseur de cerceau, elle est souvent très élaborée, chaque ornement ayant une signification particulière, servant de carte d’identité. Elle est intimement personnelle et confectionnée à partir d’éléments naturels, comme des os, coquillages et pigments, ou de matériaux synthétiques aux couleurs vives.

Nimkii Osawamick a commencé à danser avec sept cerceaux puis, à force d’entraînement, est arrivé à 22. Plus il se perfectionnait, plus il se rendait compte que le véritable défi était de faire plus avec moins justement.

« On peut raconter tellement d’histoires rien qu’avec trois cerceaux et des figures précises. Quand on se déplace beaucoup, six cerceaux, c’est plus facile à transporter », blague-t-il.

Nimkii Osawamick, dans sa tenue traditionnelle de danse libre, avec le DJ Classic Roots lors d’un festival en 2018 à Thunder Bay, en Ontario;
en train d’animer un atelier de danse de cerceau pour des jeunes à Toronto.

Grandir dans la communauté pow-wow lui a permis de comprendre sa culture et d’avoir un mode de vie sain en évitant la drogue et l’alcool. Aujourd’hui, après de longues années passées à danser, il a décidé d’essayer les autres disciplines que sont le chant et le tambour.

« J’ai toujours été danseur, celui hors du cercle des joueurs de tambour. Maintenant, j’apprends les différents rythmes et les chants », explique-t-il, en précisant que ces apprentissages font de lui un meilleur danseur.

Les collaborations entre danseurs de cerceau et musiciens contemporains l’ont toujours intéressé. Ce mélange entre tradition et modernité correspond à sa personnalité et lui permet d’élargir son public.

Il a partagé la scène avec des artistes autochtones de renom comme Buffy Sainte-Marie et DJ Shub (ancien membre du groupe A Tribe Called Red). L’année dernière, il a participé à New Monuments, une production éblouissante qui rassemblait des danseurs PANDC (personnes autochtones, noires et de couleur) de Toronto pour offrir un autre regard sur le colonialisme.

Quand il ne danse pas, ne chante pas et ne bat pas le tambour, Nimkii Osawamick s’occupe de son entreprise de médiation culturelle : DNA (Dedicated Native Awareness) Stage. Dans le cadre d’ateliers de danse et de chant notamment, il partage les richesses de la culture autochtone.

 

 

Pourtant Nimkii Osawamick ne fait pas dans le divertissement. Toutes ses représentations sont des manifestations. Il croit qu’il est important de voir les Premières Nations exprimer fièrement leur culture, sachant que les pow-wow ont été interdits au Canada pendant des générations. La dépénalisation de la culture autochtone ne date que des années 1950 et du début des années 1960.

Quand Nimkii Osawamick danse et chante, c’est en l’honneur de ses aînés, qui se sont battus pour perpétuer leurs traditions et leur mode de vie.

Nimkii Osawamick chante et joue du tambour lors d’une promenade de l’eau : organisée par sa mère Liz, cette marche, qui a lieu tous les ans à la fête des Mères, est un partage du savoir sur l’eau avec la communauté. « On marche pour la mère suprême : la Terre Mère », explique-t-il.

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