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Place à la musique

Dans Set Pieces, un abrégé d’études de cas tirées du portfolio de bâtiments dédiés aux arts de la scène de Diamond Schmitt Architects, l’architecte Donald Schmitt se remémore une levée de rideau entre artiste et public. Il discute avec Richard Marsella, directeur général de Community Music Schools of Toronto, d’une des clés du développement communautaire : l’accès
à l’éducation musicale et aux « hauts lieux » de la musique.

PAR RICHARD MARSELLA AND DONALD SCHMITT
PHOTO OFFERTE PAR DIAMOND SCHMITT ARCHITECTS

Place à la musique - 1-glass-building-interior-night

La City Room du Four Seasons à Toronto, un centre pour les arts de la scène, est visuellement accessible depuis la rue.

Donald Schmitt : Dans le cadre de la revitalisation urbaine de Regent Park, un quartier torontois où on parle plus de 60 langues et qui accueille beaucoup de nouveaux arrivants, un lieu dédié aux arts et à la culture faisait partie des infrastructures essentielles qui ont été étudiées. On s’est intéressé à l’éducation musicale en particulier. L’ancienne école de musique Regent Park, qui manquait vraiment de place, a eu l’occasion de s’agrandir et de toucher un public plus large.

Richard Marsella : Un des principes fondamentaux de la musique communautaire, c’est l’accessibilité, la suppression de toutes les barrières, surtout quand on connaît le coût d’un cours de musique en ville. Tout ce que nous proposons à la Community Music Schools of Toronto [école de musique communautaire de Toronto] est entièrement gratuit. Et que dire de l’espace… Don, tu parlais de notre ancienne maison de la rue Queen, où rien n’était insonorisé. On entendait la batterie au sous-sol, la guitare et le piano au second, les premières notes des tout-petits au grenier, c’était charmant! Quand on a emménagé au Daniels Spectrum, on a découvert l’insonorisation dans chaque pièce. C’est bien plus spacieux et entièrement accessible : de larges couloirs, une salle de récital. On a pu enclencher la vitesse supérieure. Les élèves ont afflué, on en a plus du double. Actuellement, on accueille 550 jeunes, âgés de 3 à 18 ans, rien qu’ici à Regent Park.

D. S. : Pour la conception de ce centre culturel, on a fait appel aux mêmes acousticiens et consultants en théâtre que ceux avec lesquels on a travaillé pour le Four Seasons Centre for the Performing Arts. L’aménagement a été pris très au sérieux avec une série de petites salles et des espaces pour enseigner. Cette volonté de réflexion, d’accessibilité et de rassemblement des communautés est, je crois, très importante pour le développement et la vitalité communautaires.

R. M. : L’espace, c’est ce qui fait toute la différence, quand on voit ce qu’on peut accomplir dans le quartier avec ce modèle musical communautaire entièrement gratuit. On a la même ambition pour le quartier Jane and Finch, où on envisage de construire un bâtiment de 460 m2 avec Diamond Schmitt. C’est formidable de pouvoir collaborer avec des architectes et toute une équipe qui comprennent vraiment notre rêve. Quand on s’est installé au Daniels Spectrum, les gens trouvaient le lieu « royal ». Mais nos enfants le méritent!

D. S. : Tout à fait. Ce qui est important dans le fait de construire à Jane and Finch ou dans le succès de Regent Park, c’est que ce sont des espaces de même qualité, à une autre échelle, placés au cœur de différentes communautés.

Toronto a ces grands temples de la musique que sont l’Orchestre symphonique, le Koerner Hall [au Conservatoire royal] et le Four Seasons, qu’on a réalisé. Et il est important qu’ils ne soient pas considérés comme des endroits réservés à une élite, qu’ils s’adressent à toutes les communautés, à toutes les strates sociales.

« Les musiciens s’épanouissent dans un milieu où ils peuvent établir une relation immersive avec le public. »

La conception de lieux de spectacle peut estomper les différences dès l’entrée, faciliter la création d’un lien physique entre les artistes et un public qui pourrait être intimidé à l’idée d’assister à un concert, car il ne saurait pas quand applaudir ou comment s’habiller par exemple.

Dans la City Room du Four Seasons, on a utilisé la transparence pour amener la salle [de spectacle] dans la rue. Les conférences, les événements et les concerts gratuits du midi peuvent ainsi rejoindre la sphère publique, et ce, d’une manière qui apporte de la vitalité à l’orchestre et aux interprètes.

C’est une des choses qu’on a apprises : les musiciens s’épanouissent dans un milieu où ils peuvent établir une relation immersive avec le public.Avant qu’on la rénove, la salle Geffen Hall du Lincoln Center, qui accueille l’Orchestre philharmonique de New York, comportait un proscenium : les musiciens ne pouvaient pas s’entendre et se sentaient isolés du public. On l’a repensée pour que la scène soit entourée par le public. C’est merveilleux pour ce dernier, qui voit la créativité et le talent de l’orchestre, et pour les musiciens, qui en retirent de l’énergie et de l’entrain.

Développer cette relation immersive est non seulement important dans une salle entre un artiste et le public, mais aussi entre le public et l’établissement et, au-delà, la ville. Qu’il y ait un sentiment de lien avec la collectivité, que les grandes salles de spectacle soient des lieux de rencontre communautaires dans la ville.

R. M. : Ce point de vue me plaît. Comment peut-on se tromper avec une telle approche? Les équipes de programmation donnent vie à ces lieux, mais vous, les architectes, leur offrez, si je peux employer un terme musical, un instrument dont ils peuvent jouer. Les élèves et les diplômés de notre programme se sont produits à plusieurs reprises au Four Seasons, je vois donc que cela fonctionne comme vous l’aviez prévu.

D. S. : D’une certaine manière, c’est en rapport avec ce que tu disais à propos de l’accessibilité, du fait de mettre les gens à l’aise pour franchir le seuil, pour se lancer, sans compromettre la qualité des salles en tant qu’instruments au service de la musique.

R. M. : Pendant la pandémie, on a vu à quoi l’inverse ressemblait. Alors oui, on a su faire preuve de créativité dans le monde virtuel, on a appris, on s’est adapté, mais rien ne vaut un lieu accessible et bien conçu pour se réunir et jouer de la musique, ensemble, dans une pièce. C’est devenu une évidence quand la vie a repris son cours normal. Être cette âme au sein d’une communauté est crucial.

Si l’approche et la conception sont bonnes, celles du lieu comme des personnes qui l’occupent (j’y reviens sans cesse), je crois qu’on tient la recette d’un impact à long terme dans la collectivité.

D. S. : Assister à un concert, que ce soit dans une salle de 2 000 places ou de 40 au Monarch Tavern, déclenche toujours cette connexion émotionnelle avec la musique jouée en direct, le talent artistique, l’énergie qui s’en dégage et l’immédiateté de l’instant. Rien ne remplacera jamais la musique en personne.

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