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Block Magazine

La créativité a sa place
Numéro 24

Self-Care Goes Digital

Un jeu vidéo pour celles et ceux qui n’y jouent pas,
voire ne les aiment pas.

PAR: CHRISTINA PALASSIO

 

Premières ébauches du jeu de tarot #SelfCare du directeur artisitque Michael Winder. Eve et Brie mentionnent leur intérêt partagé pour tout ce qui a trait au paganisme et à la sorcellerie.

Dans l’univers de l’appli #SelfCare, il est parfaitement normal de vouloir rester au lit toute la journée : son décor est d’ailleurs celui d’une chambre à coucher. Il n’y a ni points à marquer, ni bonbons à gagner, seulement des rituels à accomplir, parfois un peu ennuyeux, pour chasser stress et anxiété, comme une plante à arroser, un chat à câliner ou un jeu de tarot. Avis aux accros à leur téléphone ou à ceux qui voudraient arrêter la planète le temps d’un instant : #SelfCare est un endroit douillet pour recharger les batteries.

« Avant, mon premier réflexe était de prendre mon cell et de faire mon petit tour : Twitter, courriels, Instagram, Snapchat, actualités… et de recommencer, explique la journaliste Eve Thomas, qui a co-imaginé l’application avec la conceptrice de jeu vidéo Brie Code. Je ressentais du stress rien qu’en faisant défiler mon écran, sans vraiment en connaître la raison. »

D’où l’idée d’une application apaisante. « Je n’en étais pas à mon premier essai, poursuit-elle, mais pour que ce soit du long terme, il fallait que j’ai un réel intérêt pour le sujet et une envie de l’explorer de fond en comble. J’avais aussi l’impression que passer la journée au lit avec son téléphone et se sentir coupable de perdre son temps sur les réseaux sociaux étaient deux choses qui n’étaient pas prêtes à disparaître. » Elle a donc endossé le rôle de l’utilisateur potentiel tandis que Brie réalisait le prototype. Au total, 15 personnes qui ont travaillé sur l’application, dont trois concepteurs de jeu et cinq programmeurs.

Le duo vient d’y ajouter un nouveau rituel : un zine inspiré des années 1990, appelé Tru Zine, avec des éclairs roses en couverture et des quiz, conseils et guides pratiques à l’intérieur. Il fait aussi office de babillard, un espace où Eve et Brie peuvent échanger avec les utilisateurs.

Code and Thomas have a lot of users to talk to. Since it launched in July 2018, #SelfCare has been downloaded close to 1.5 million times—with a marketing investment of exactly zero dollars. Its popularity proves a theory that Code developed over years of working in the video game industry and talking to people, many of them women, who don’t typically play video games. There’s a huge untapped market out there for games that diverge from convention and, particularly, from the common shoot-and-kill format. TRU LUV, Code’s studio, is on a mission to connect with that untapped market.

Et ils sont nombreux, ou nombreuses plutôt. Depuis son lancement en juillet 2018, #SelfCare a été téléchargée près de 1,5 million de fois sans aucun investissement marketing. Une popularité qui prouve la théorie de Brie, fondée sur ses années d’expérience dans l’industrie du jeu vidéo et ses interactions avec les femmes, qui n’y jouent pas justement : il existe un marché, immense et inexploité pour les jeux qui s’écartent de la norme, particulièrement du format dit de guerre. TRU LUV, le studio de Brie Code, s’est donné pour mission de séduire ce fameux marché.

« La plupart des appli mobiles sont basées sur le principe de l’utilisation compulsive. Puis, on vous bloque et on vous demande de payer pour pouvoir continuer. Nous, on ne fera jamais une telle chose, explique Brie. Les sessions de #SelfCare ont été conçues pour durer de trois à cinq minutes, ensuite vous voulez arrêter. On n’essaie pas de vous retenir. » Bien qu’elle évite toute caractéristique qui pousserait à la dépendance, telle les classiques et stratégiques frustrations et récompenses, l’appli agit quand même comme un aimant.

Selon Eve, les zines sont souvent bienveillants, instructifs et invitent à l’action – autant d’éléments qui s’accordent avec l’appli #SelfCare.
La référence aux magazines rétro, pour le zine, est une décision personnelle d’Eve. Elle affirme qu’ils lui procurent une sensation de bien-être.

« J’ai organisé plusieurs groupes de consultation avant de lancer mon studio, poursuit celle qui travaillait sur Assassin’s Creed chez Ubisoft et était fascinée par le peu d’intérêt de ses amies à l’égard des jeux vidéos. Elles me disaient qu’elles n’y jouaient pas parce que la représentation de la femme y était atroce, que leurs critères culturels étaient inexistants et qu’elles souhaitaient évoluer en tant qu’individu : aucun intérêt à consommer du jeu juste pour marquer des points. »

La majorité des jeux vidéos exploitent la réaction classique en situation de stress : se battre ou fuir. Jouer le rôle d’un tireur peut alors être relaxant. Pour #SelfCare, Brie a décidé de cibler une autre réaction face au stress : prendre soin de soi et des autres. « Ces personnes cherchent à tirer un enseignement de la situation et à le mettre en pratique dans leur vie. Elles veulent aussi exprimer un comportement attentionné. » En empruntant cette autre voie, Eve et Brie espèrent diversifier l’industrie du jeu vidéo et les manières de jouer en ligne.

Ci-dessus : premières ébauches de l’environnement de l’appli. À droite, le monde de l’appli lors de son lancement.

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