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Block Magazine

La créativité a sa place
Automne/Hiver 2021
Numéro 23

Play Hard

 

PAR: KELLI MARÍA KORDUCKI

ILLUSTRATION PAR: JASON LOGAN

Les souvenirs reviennent par épisode. La rencontre parents-enseignants en deuxième année où j’ai entendu Mme A. dire que j’étais « paresseuse ». Et d’ajouter que j’écrivais des BD au détriment de tout ce que je n’avais « pas envie de faire ». Le jour où mon père m’a appris, trois ans plus tard, qu’un prof de maths que j’idolâtrais avait dit que je me relâchais « exprès pour attirer l’attention ». (À la place, je passais mon temps à taper mon roman sur le Macintosh de la classe.)

La meilleure façon de travailler est d’affronter l’inconnu, tête première.

Personne ne soupçonne que vous souffrez d’un déficit de l’attention quand vous êtes une fille, que vous êtes intelligente et que vous semblez capable de vous concentrer sur ce qui vous plaît. Ce n’est que récemment que j’ai fait la paix avec mon cerveau naturellement distrait, chose dont j’ai tiré une leçon : la meilleure façon de travailler est d’affronter l’inconnu, tête première, et de se concentrer sur la reconstitution du casse-tête.

Enfant, je cherchais à m’apaiser en cédant à mes habiletés artistiques avec une curiosité démesurée, bien que sélective. Je m’abandonnais dans tout ce qui pouvait retenir mon attention. J’ignorais alors que c’était un puissant outil. Pendant des années, j’ai fait tout ce qui était contraire à ma nature : je me suis repliée sur moi. J’ai serré les dents et tracé ma voie par le biais des listes de tâches. En âge d’aller à l’université pour commencer ma carrière d’écrivaine, comme je pensais devoir le faire, j’ai étouffé ma capacité à créer en rendant mon travail encore plus laborieux.

Je me suis fourvoyée en pensant que « faire, point » était la philosophie idéale du travail. J’ai oublié quelque chose d’essentiel : si on aborde le travail avec une ouverture d’esprit et une envie de découverte, on peut lui donner la place dont il a besoin pour prendre forme. Il faut faire confiance à son instinct, accepter ses idiosyncrasies et découper toute tâche en autant de morceaux que nécessaire pour la rendre moins effrayante et plus stimulante. Il faut admettre que l’on ne sait pas tout et se laisser envoûter par la magie qu’est la recherche de solutions.

Si seulement j’avais pu saisir plus tôt l’importance de s’amuser tout en apprenant. Peut-être que j’aurais été meilleure en maths. Ce que j’avais perçu étant enfant et que je réapprends aujourd’hui est que le plaisir de créer, et de donner le meilleur de soi-même, vient du fait de se faire assez confiance pour se poser les bonnes questions et y répondre.

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