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Illustration par: Glenn Harvey

Dans chaque numéro, nous demandons à un artiste ce qu’il ferait de sa propre dent creuse

Le complexe Boardwalk d’Edmonton, façonné par son passé de quincailler.

Par: Sydney Loney

 

En haut: City of Edmonton Archives EB-38 En bas: Photo offerte par Allied REIT

En 1883, les frères James et Frederick Ross quittent Toronto avec, dans leurs bagages, leur savoir-faire de ferblantiers. Direction Edmonton, ville en pleine expansion où ils proposeront pots, casseroles, pièges et baignoires galvanisées aux habitants et trappeurs du coin.

Très vite, la petite ferblanterie devient l’une des plus grandes quincailleries de l’Ouest canadien. Ne reste aux frères Ross qu’à se trouver un toit digne de leur réussite. En 1910, grâce à l’architecte montréalais Edward C. Hopkins, le Boardwalk, situé au 10310, 102e Avenue, rejoint les rangs des bâtiments commerciaux, aujourd’hui historiques, du quartier des entrepôts. La construction de style néo-roman est la plus connue d’Hopkins : 13 000 m2, habillés de pierre et de brique et dotés d’équipements ultramodernes pour l’époque.

Flambant neuf, le Boardwalk commence sa longue carrière dans le monde du bricolage. Deux ans après, les frères Ross le vendent à leur fournisseur, la Marshall-Wells Company, qui le vendra à son tour en 1921 à Ashdown Hardware—son fondateur, James Henry Ashdown, ayant lui aussi débuté comme humble ferblantier à la fin des années 1800 avant de bâtir son empire.

Il restera la quincaillerie locale de référence jusqu’en 1971. En 1986, une restauration primée l’a lié au bâtiment Revillon adjacent. En 2011, l’acquistiton par Allied a donné lieu à de nouvelles améliorations, faisant du complexe Boardwalk un monument à l’esprit d’entreprise avant-gardiste sur la base duquel il a été construit.

 

Par: ERIKA THORKELSON

ILLUSTRATION Par: COURTNEY WOTHERSPOON

Avec ses rangées d’entrepôts convertis en boutiques huppées et restaurants chics, le quartier historique de Yaletown rime avec luxe pour bon nombre de Vancouvérois. Pourtant, à quelques pas de la rue Homer, dont plusieurs immeubles appartiennent à Allied, la diversité est au rendez-vous pour qui sait où regarder. Musée, cinéma, brasseries locales ou communions avec la nature, il y a de quoi se faire plaisir, peu importe les envies

1. Mister Artisan Ice Cream

1141 Mainland St.

Vancouver s’y connaît en crème glacée, mais celle-ci vous laissera bouche bée : chaque boule est confectionnée sous vos yeux, refroidie à la vitesse grand dans l’azote liquide. À tremper dans le chocolat et à parsemer de vos pépites gourmandes préférées.

2. DIGUE DE FALSE CREEK

Faites faire un tour à votre crème glacée sur la célèbre digue de Vancouver. Arrêtez-vous au parc David Lam (1300 Pacific Blvd.) pour pique-niquer ou faire une partie de tennis ou de basket. Encore mieux, louez un vélo et partez à l’aventure.

3. Granville Island

Destination ultracourue, cette île n’est qu’à une dizaine de minutes du quai de Yaletown en traversier. Vous y trouverez un marché public aux étals débordant de produits frais, une myriade de boutiques artisanales ainsi que le meilleur théâtre de la ville et, à l’automne, le Vancouver Fringe Festival.

4. Contemporary Art Gallery

555 Nelson St.

Ce musée a beau être bien caché, il organise tout un éventail d’événements sur des artistes locaux et internationaux. Vous le reconnaîtrez grâce à ses grandes vitres animées. Rendez-vous en ligne pour les expositions en cours et à venir, les causeries et autres visites artistiques dans le quartier.

5. Soirée en terrasse

Transformées en allées piétonnes ponctuées de grandes terrasses, les plateformes de brique des anciens entrepôts des rues Mainland et Hamilton s’animent dès la nuit tombée. Régalez vos papilles avec les élégants sushis de Minami (1118 Mainland St.) ou les plats végé décontractés de MeeT (1165 Mainland St.). Terminez par une bière à la Yaletown Brewing Company (1111 Mainland St.) ou un cocktail au Yaletown Distillery Bar + Kitchen (1131 Mainland St.).

6. VIFF Centre

1181 Seymour St.

Le centre VIFF, pour Vancouver International Film Festival, est l’endroit parfait pour regarder un petit bijou du ciné indé ou enrichir son histoire du septième art. Dégustez votre maïs soufflé accompagné d’une bière locale au bar ou dans le noir, au fond d’un fauteuil façon canapé.

Par: Erika Thorkelson

Photo offerte par Vancouver Mural Festival

Vancouver a beaucoup changé ces dix dernières années. Le quartier qui décroche la médaille d’or de la transformation est le village olympique, où une nouvelle tour semble sortir de terre chaque jour qui passe. Construit en 2018, l’immeuble d’Allied situé au 2233, rue Columbia fait partie du mouvement, à ceci près qu’il est orné d’une murale cherchant à nous relier tant au passé qu’à l’avenir. Intitulée Dance as Though the Ancestors are Watching, elle est signée Sonny Assu, artiste interdisciplinaire Ligwiłda’xw des nations Kwakwaka’wakw.

Bien qu’il ne soit pas novice en la matière, il a d’abord hésité à accepter la commande du Vancouver Mural Festival à cause du très grand format. Le fait d’être épaulé par une équipe de muralistes expérimentés l’a convaincu et il a même trouvé la transition facile : « Je n’ai eu qu’à augmenter l’échelle et à tenir compte des caractéristiques du bâtiment », explique-t-il.

 

Sa création s’inspire d’une affiche se jouant des publicités touristiques des années 1950, qu’il a dessinée à partir des stéréotypes sur les peuples autochtones trouvés dans les magazines. L’inspiration a beau être générique, l’imagerie de cette murale est intimement liée à l’artiste et à sa communauté. La silhouette blanche stylisée représente un oiseau-tonnerre, blason de sa famille. Le paysage en dessous ainsi que les boutons sur la partie centrale de l’immeuble sont les montagnes près de sa maison de Campbell River, en Colombie-Britannique. Pour alimenter le débat sur la richesse et la justice, il a intégré des pièces de monnaie, des formes ressemblant à des boucliers qui ont une grande signification dans les échanges de cadeaux pratiqués par le peuple Kwakwaka’wakw : « Elles symbolisent, entre autres, la fortune d’un chef. »

 

Sonny Assu espère que la murale guidera les passants, les incitera à réfléchir aux choix que nous faisons aujourd’hui et à ce qu’en penseraient les autres générations. « C’est à chacun de peser le pour et le contre et d’observer une ligne de conduite qui fera la fierté de ses ancêtres. »

Par: Christina Kudryk and Oleh Lesiuk

Artiste visuelle et archiviste, Christina Kudryk a utilisé son talent en réaction aux conflits dans son pays d’origine, l’Ukraine, notamment pendant la révolution de Maïdan en 2014. Oleh Lesiuk, sculpteur et président de l’Association ukrainienne des artistes visuels du Canada, s’inquiète des conséquences des affrontements actuels sur les monuments d’importance culturelle ainsi que sur les villes où ils sont situés. Environ un mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, les deux artistes ukraino-canadiens, basés à Toronto, se sont entretenus avec Block des impacts de la guerre sur les œuvres d’art et les artistes.ressemblera (et quand) ainsi que des multiples possibilités qui découlent de la représentation, des échanges et de la pensée visionnaire.

En mars, à la suite de l’invasion russe, les employés municipaux de Kharkiv recouvrent les statues de sacs de sable pour tenter de les protéger des frappes aériennes.

Christina Kudryk : Mes parents sont arrivés au Canada après la Première Guerre mondiale, mais je suis née en Ukraine. Je suis ukraino-canadienne et artiste visuelle : je peins. J’ai exposé en solo à plusieurs reprises et, d’ailleurs, ma rétrospective a eu lieu au musée national Andrey Sheptytsky à Lviv, situé dans l’ouest de l’Ukraine, aujourd’hui sous les bombes.

Oleh Lesiuk : Quand la guerre a éclaté, on était tous en état de choc, les Ukrainiens comme le reste du monde. Je parle avec des artistes en Ukraine tous les jours. Jusqu’à la veille du 24 février, on pensait tous que Poutine bluffait. Je les ai vus se transformer au fur et à mesure des sirènes, des bombardements, des missiles et de leurs passages dans les bunkers. On en connaît beaucoup qui ont troqué leur pinceau contre un fusil et ont donné leur vie pour l’Ukraine. C’est très difficile aujourd’hui pour les artistes. Je parle par expérience : c’est compliqué de se concentrer sur son art.

Quelques jours après, j’ai eu l’idée de monter l’exposition-bénéfice Artists Stand With Ukraine [Les artistes aux côtés dae l’Ukraine], dont l’ensemble des recettes allait aux forces [armées] ukrainiennes. On l’a organisée très vite, à la KUMF Gallery, mais le nombre d’artistes qui ont donné des œuvres et les ventes ont dépassé nos attentes.

C. K. : L’art est une expression d’une société à un instant précis. C’est aussi une expression personnelle de l’artiste. Les artistes s’expriment différemment en réaction au conflit. Dans Guernica, par exemple, Picasso montre l’horreur de la guerre, et ses actes ignobles, par des lignes anguleuses, des visages déformés et du gris — aucune couleur. Autre exemple : l’artiste allemande Käthe Kollwitz, dont le fils a été tué au front pendant la Première Guerre mondiale. Elle a passé plus de dix ans sur une sculpture représentant la douleur et le désespoir engendrés par la guerre.

J’ai peint quelques tableaux lors de Maïdan, la révolution de la dignité, qui a commencé de façon très pacifique. Il y a eu de nombreux happenings : installations, performances… Un pianiste, qui avait peint son piano en bleu et jaune, a joué devant les soldats. Ça a fini par devenir violent : il y avait des fusillades, des feux, les gens mourraient. Je me suis assise devant la télé et j’ai pleuré, j’ai vraiment pleuré, puis j’ai peint.

 

« On reconstruira ce qu’on a perdu, mais certaines choses le sont à tout jamais. »

O. L. : J’ai réalisé plusieurs sculptures par le passé qui ont un rapport avec la guerre actuelle. L’une d’elles, intitulée Confrontation, montre de manière abstraite la confrontation entre deux mondes, entre deux nations, entre le bien et le mal. La guerre n’a pas commencé il y a un mois; elle est présente depuis plus de 300 ans, et c’est à cela qu’on répond.

C. K. : Oui, on ne peut s’empêcher de réagir à ce qui arrive, car les artistes expriment leurs sentiments sur ce qui les entoure. Et la situation actuelle nous bouleverse. Ce qui se déroule sous nos yeux est inimaginable. C’est si difficile de représenter ce mal, cette horreur, mais je suis sûre que beaucoup vont y parvenir. Certains utiliseront le symbolisme.

Je veux peindre et je crois que, pour ma part, je vais montrer l’espoir. Je réfléchis à ce que sera l’Ukraine une fois qu’on aura gagné, à la façon dont on va surmonter tout ça. Pas que l’espoir d’ailleurs, la conviction qu’on sera à nouveau un pays libre et fort.

O. L. : Cette guerre est le point culminant du conflit entre la Russie et l’Ukraine. Nous, on est toujours en train de défendre notre paix et de montrer au monde que notre histoire et notre culture sont très anciennes, et qu’on mérite de rester sur la carte.

C. K. : Tant de choses ont été détruites en Ukraine. Les musées, toutes ces œuvres d’art disparues à jamais… Quel effet cela va-t-il avoir sur les collections, je n’en sais rien. J’espère qu’il en restera. Le musée de Lviv, qui possède la plus grande collection d’œuvres ukrainiennes au monde, a plié bagage. Le bâtiment est magnifique, comme les collections, mais aujourd’hui, les murs sont nus : tout est caché au sous-sol ou dans des abris antiaériens datant de la Seconde Guerre mondiale. J’espère qu’on en retrouvera le maximum intact.

O. L. : Oui, on voit qu’ils essaient de protéger les trésors et l’héritage de la culture ukrainienne en Ukraine occidentale, dans des endroits qui n’ont pas encore été frappés. Dans de nombreuses villes, les bénévoles et les artistes mettent en caisse les sculptures qui ne peuvent être déplacées. On a vu aux actualités un monument de Kharkiv protégé par des sacs de sable. C’est très triste à regarder. Quand j’ai quitté l’Ukraine, j’ai laissé des sculptures dans l’espace public : elles y sont encore et je m’inquiète en tant qu’artiste. Je regarde toutes celles qui sont déjà abîmées, déjà détruites, et je suis triste, triste pour les artistes et pour tous ceux et celles forcés d’assister à la destruction de ces trésors.

C. K. : Il n’y a pas que les peintures et les sculptures, il y a aussi l’architecture. Certaines villes ne sont plus que des décombres. Il existe heureusement des plans et des photos, qui seront utiles pour restaurer les bâtiments historiques. On reconstruira ce qu’on a perdu, mais certaines choses le sont à tout jamais.

O. L. : Les maisons, les bâtiments, les musées, on les reconstruira, mais les œuvres d’art sont une perte, et pas que pour l’Ukraine. C’est le monde tout entier qui est en train de perdre ses trésors.

Pour en savoir plus sur l’aide apportée à l’Ukraine par l’Association ukrainienne des artistes visuels du Canada, rendez-vous à kumfgallery.com (en anglais).

 

 

Les lampadaires qui éclairent les rues montréalaises depuis les années 1960 ne seront pas jetés aux oubliettes.

Par: Mélanie Ritchot

OFFERTES PAR STUDIO BOTTÉ

Montréal modernise son éclairage de rue, en équipant les lampadaires d’ampoules à DEL. Les globes de verre qui les chapeautent, devenus obsolètes, ne finiront pourtant pas tous à la décharge : certains auront droit à une seconde vie grâce à un artisan local et à son brillant talent.

Philippe Charlebois Gomez, fondateur de studio botté, se souvient du jour où un ami lui a envoyé une photo de globes de verre empilés sur le trottoir. Une vraie aubaine pour ce récupérateur d’objets, qui a fait du surcyclage sa spécialité, transformant des grilles de ventilateurs (plus de 3 000 dans les cinq dernières années), lattes de stores vénitiens et manches à balai usagés en luminaires chics.

Il est parti les récupérer au pas de course. « Ce n’est que de retour à l’atelier que j’ai réalisé que ces globes provenaient des lampadaires de la ville de Montréal datant de l’Expo 67. Je n’en revenais pas! », explique-t-il.

Grâce à un projet nommé Faro, ces vestiges de l’histoire locale redeviendront donc des luminaires, l’artisan ayant même l’idée d’y graver le nom de la rue où ils ont brillé pendant des années.

Au fil du temps et en fonction de leur exposition au soleil, ils ont pris des teintes différentes. « Certains sont même peints en noir, souvent sur une moitié, certainement par des résidents qui ne voulaient pas de cette lumière dans leur chambre. »

La Ville, qui souhaite doter la totalité de ses lampadaires d’ampoules à DEL, devrait se départir de 4 000 à 12 000 globes de verre. Quand il l’a appris, Philippe a trouvé que c’était beaucoup trop pour lui.

Il doit pour l’instant s’occuper des 140 et quelques globes qu’il a déjà récupérés : les nettoyer, les sabler, puis les monter en lampe. Un projet ambitieux pour lequel il a d’ailleurs demandé de l’aide à un organisme de surcyclage local : une première pour lui.

 

« J’ai l’habitude de créer mes lampes tout seul, de A à Z », confirme-t-il.

D’après Philippe Charlebois Gomez, la plupart des ventilateurs, surutilisés en été à Montréal, sont souvent jetés au lieu d’être réparés.
DANS LE SENS HORAIRE : Philippe Charlebois Gomez a réalisé ses premiers luminaires surcyclés à partir de grilles de ventilateurs et d’une simple couche de peinture; son meilleur vendeur? La série de suspensions pdp, confectionnée à partir de lattes de stores usagés; il se sert de tringles pour stocker les grilles de ventilateurs dans son atelier; un prototype de la lampe Faro, savamment équilibré.
(dans le sens horaire): Selon Philippe Charlebois Gomez, chaque ville se différencierait par les objets dont sa population se débarrasse; il installe une suspension réalisée à partir de grilles de ventilateurs récupérés, qu’il a modelées selon son imagination; le vélo, véhicule parfait pour la récup; bien en vue sur les étagères, ces lampes usagées lui servent de source d’inspiration.

L’artisan attribue sa créativité, et son intérêt pour le surcyclage, en partie à sa mère : petit, il assistait aux ateliers de fabrication de jouets à partir de matériaux recyclés qu’elle organisait pour des orphelinats et des écoles. « Je crois que ça a vraiment stimulé un muscle dans mon cerveau, ça m’a montré que tout est malléable et peut être transformé. »

Philippe a fondé studio botté quatre ans après avoir quitté un poste en design industriel. C’est à cette époque, en se rendant au travail à vélo, qu’il s’est mis à récupérer les ventilateurs et autres objets abandonnés dans les rues montréalaises. Il les entreposait sous son bureau sans savoir s’ils lui seraient un jour d’une quelconque utilité.

« Dès que quelque chose semble un peu cassé, les gens s’en débarrassent. Alors qu’il y a beaucoup d’éléments à exploiter. »

Petit à petit, ses trouvailles ont fini par envahir l’appartement de 165 m2 qu’il partageait avec trois colocataires. Cet espace est aujourd’hui le studio botté : un atelier, une salle d’exposition et une grande réserve.

Sa compagne, Véronique Grenier, impliquée dès le début de l’aventure, se souvient des objets qui, pièce après pièce, gagnaient du terrain dans l’appartement. « Quand ils sont arrivés dans mon bureau, on a pris la décision d’aller vivre ailleurs et de laisser toute la place à l’atelier », explique-t-elle.

Philippe n’a plus vraiment le temps de sillonner les rues à vélo à la recherche de récup’, mais une douzaine d’amis gardent l’œil ouvert pour lui aux quatre coins de la ville.

« Comme tous ceux qui connaissent l’activité de Philippe, je ne peux que m’arrêter et fouiller quand je croise un tas de déchets sur un trottoir, poursuit Véronique. Et si je vois un ventilateur, je saute de joie. »

En ne comptant que sur la récupération, en créant chaque luminaire lui-même à la main et en ne les vendant, et livrant, que localement, Philippe sait qu’il freine la croissance de l’atelier, alors que ce dernier est en plein essor. Mais c’est sa volonté.

« J’ai un peu la phobie de l’expansion, car j’ai vu ce que pouvait devenir une petite entreprise artisanale qui grossit trop. » Pour Philippe Charlebois Gomez, petit rime avec durable.

Les luminaires signés studio botté, comme cette pièce unique nommée Cilla, se distinguent par leur allure chic, plutôt inattendue quand on parle d’objets recyclés d’après Philippe Charlebois Gomez.
Chaque oeuvre lumineuse est fabriquée à la main à Montréal à partir d’objets récupérés, afin de prolonger le cycle de vie des matériaux : une véritable mine urbaine, selon studio botté.

 

Par: KRISTINA LJUBANOVIC

Photo OFFERTE PAR: VINELAND RESEARCH AND INNOVATION CENTRE

« L’hybridation n’est pas faite pour les impatients », lance Travis Banks, responsable du développement de variétés végétales nouvelles et améliorées (pommes, tomates et roses) au centre de recherche et d’innovation Vineland de Niagara, en Ontario. Depuis plus de dix ans, des roses antifroid et antimaladies, conçues pour s’épanouir au-dessus du 49e parallèle et portant un nom bien canadien, y fleurissent pour la toute première fois. La petite dernière, Yukon Sun, sera prête l’an prochain après sept ans d’effort.

Pour l’hybridation des roses, Vineland collabore avec la Canadian Nursery Landscape Association et des pépinières aux quatre coins du Canada, qui plantent et évaluent les candidates. S’ajoutent un sélectionneur maison qui choisit les « parents », un phytopathologiste (le spécialiste en maladies des plantes), un laboratoire de génomique et des études de consommation. « Tout un travail d’équipe », explique Travis Banks.

Avant de créer une nouvelle variété, Vineland cherche à connaître les envies des amateurs de roses : « Est-ce la forme de la fleur, la couleur des pétales, le parfum ou la brillance des feuilles qui leur importe? » Étant proche de Toronto, le centre a accès à une population diversifiée, représentative du marché canadien.

Bien droit, compact, grimpant ou couvre-sol, le port du rosier a également son importance. « On analyse les caractéristiques de plusieurs variétés, le sélectionneur procède aux innombrables croisements, puis on évalue le résultat. » La rusticité et la résistance aux taches noires sont, quant à elles, non négociables, intégrées dans toutes les roses signées Vineland.

Yukon Sun est la quatrième rose de la collection 49e parallèle, après Canadian Shield, Chinook Sunrise et Aurora Borealis. Sa fleur est jaune, comme le souhaitaient les consommateurs, et son nom signifie soleil du Yukon. « C’est la rose qui inspire le nom, rarement l’inverse », conclut Travis Banks. Chacune, avec son style bien à elle, représente le Canada : « à la fois rustique et magnifique. »

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, le pow-wow cadence la vie de Nimkii Osawamick. Tambour, chant, médiation… Le célèbre danseur de cerceau a depuis ajouté des cordes à son arc pour raconter ses histoires.

Par: Ossie Michelin

Photos par: JOHN PAILLÉ

Nimkii Osawamick avait trois ans lors de son premier pow-wow. Il portait la tenue traditionnelle des danseurs de l’herbe, préparée par sa mère. L’artiste anichinabé, originaire de Wikwemikong sur l’île Manitoulin, est depuis devenu un danseur de cerceau reconnu, discipline qu’il enseigne également, et vient d’être nommé aux prix Juno pour sa nouvelle activité créative : le chant.

Il n’en revient pas que son groupe, Nimkii and the Niniis (ou « Nimkii et les gars »), fasse partie de la toute nouvelle catégorie « Artiste ou groupe autochtone traditionnel de l’année » de ce gala qui récompense le meilleur de la musique canadienne.

« C’est tellement tripant pour moi, pour l’enfant qui a grandi dans les pow-wow », lance-t-il. Car c’est bien là que tout a commencé. Le tambour du pow-wow rythme sa vie depuis cette première danse tout petit. À 13 ans, il participe à des compétitions de danse libre, l’un des quatre fondements de la danse pow-wow. Deux ans plus tard, il trouve sa vocation.

« La danse du cerceau a changé ma vie, affirme-t-il un grand sourire aux lèvres. Elle m’a permis de voir le monde autrement : j’ai plus de respect aujourd’hui pour tout ce qui est vivant. »

Populaire dans la tradition autochtone, cette danse est un élément de base des pow-wow. Le danseur évolue avec plusieurs cerceaux, parfois une vingtaine, les faisant tourner au rythme du tambour.

Nimkii Osawamick au bord du lac McGinnis dans le parc provincial Petroglyphs, en Ontario.

« C’est le meilleur moyen de raconter une histoire », poursuit-il. Le danseur enchaîne les figures à une vitesse vertigineuse : les cerceaux tournoient dans les airs et, la seconde d’après, se retrouvent rassemblés. Leurs mouvements, leurs entrelacements, représentent tour à tour des plantes ou des animaux, comme le serpent, l’ours et l’oiseau-tonnerre.

« La danse du cerceau raconte la vie végétale et animale. Elle raconte que notre corps est un maillon de la chaîne et que, sans toutes ces grandes nations auxquelles elle rend hommage, on ne serait pas là aujourd’hui. »

Quant à la tenue du danseur de cerceau, elle est souvent très élaborée, chaque ornement ayant une signification particulière, servant de carte d’identité. Elle est intimement personnelle et confectionnée à partir d’éléments naturels, comme des os, coquillages et pigments, ou de matériaux synthétiques aux couleurs vives.

Nimkii Osawamick a commencé à danser avec sept cerceaux puis, à force d’entraînement, est arrivé à 22. Plus il se perfectionnait, plus il se rendait compte que le véritable défi était de faire plus avec moins justement.

« On peut raconter tellement d’histoires rien qu’avec trois cerceaux et des figures précises. Quand on se déplace beaucoup, six cerceaux, c’est plus facile à transporter », blague-t-il.

Nimkii Osawamick, dans sa tenue traditionnelle de danse libre, avec le DJ Classic Roots lors d’un festival en 2018 à Thunder Bay, en Ontario;
en train d’animer un atelier de danse de cerceau pour des jeunes à Toronto.

Grandir dans la communauté pow-wow lui a permis de comprendre sa culture et d’avoir un mode de vie sain en évitant la drogue et l’alcool. Aujourd’hui, après de longues années passées à danser, il a décidé d’essayer les autres disciplines que sont le chant et le tambour.

« J’ai toujours été danseur, celui hors du cercle des joueurs de tambour. Maintenant, j’apprends les différents rythmes et les chants », explique-t-il, en précisant que ces apprentissages font de lui un meilleur danseur.

Les collaborations entre danseurs de cerceau et musiciens contemporains l’ont toujours intéressé. Ce mélange entre tradition et modernité correspond à sa personnalité et lui permet d’élargir son public.

Il a partagé la scène avec des artistes autochtones de renom comme Buffy Sainte-Marie et DJ Shub (ancien membre du groupe A Tribe Called Red). L’année dernière, il a participé à New Monuments, une production éblouissante qui rassemblait des danseurs PANDC (personnes autochtones, noires et de couleur) de Toronto pour offrir un autre regard sur le colonialisme.

Quand il ne danse pas, ne chante pas et ne bat pas le tambour, Nimkii Osawamick s’occupe de son entreprise de médiation culturelle : DNA (Dedicated Native Awareness) Stage. Dans le cadre d’ateliers de danse et de chant notamment, il partage les richesses de la culture autochtone.

 

 

Pourtant Nimkii Osawamick ne fait pas dans le divertissement. Toutes ses représentations sont des manifestations. Il croit qu’il est important de voir les Premières Nations exprimer fièrement leur culture, sachant que les pow-wow ont été interdits au Canada pendant des générations. La dépénalisation de la culture autochtone ne date que des années 1950 et du début des années 1960.

Quand Nimkii Osawamick danse et chante, c’est en l’honneur de ses aînés, qui se sont battus pour perpétuer leurs traditions et leur mode de vie.

Nimkii Osawamick chante et joue du tambour lors d’une promenade de l’eau : organisée par sa mère Liz, cette marche, qui a lieu tous les ans à la fête des Mères, est un partage du savoir sur l’eau avec la communauté. « On marche pour la mère suprême : la Terre Mère », explique-t-il.

Une porte ouvragée sépare une rue torontoise d’Othership, un spa mêlant bien-être, expérience sociale et changement d’état mental.

Par: Maryam Siddiqi

PHOTOS Par: GRAYDON HERRIOT

OFFERTES PAR: OTHERSHIP

L’Othership n’est qu’à un pâté de maisons des rues animées de King West, mais ces quelques mètres suffisent à changer d’ambiance. C’est plus tranquille, plus silencieux, plus détendu : un lieu idéal pour vivre une expérience de bien-être qui se veut sociale, partagée entre amis de longue date ou que l’on vient tout juste de rencontrer.

Cet endroit unique en son genre à Toronto, qui combine sauna collectif et bains de glace, affiche son originalité dès l’arrivée. Son enseigne, un caisson lumineux jaune accroché en surplomb, brille comme un phare tandis que la poignée de sa porte d’entrée, une version tactile du logo d’Othership, évoque tant une toupie qu’un vaisseau spatial.

« L’idée est de piquer la curiosité, de mêler le jeu et l’inconnu », explique Harrison Taylor, l’un des cinq fondateurs d’Othership.

Une fois à l’intérieur, les clients peuvent choisir de « suivre le flot », passant du chaud au froid comme bon leur semble, ou de participer à une séance guidée. Un guide, tel Harrison Taylor, leur proposera alors des exercices de respiration, de circulation et de méditation dans le sauna, puis les encouragera à se plonger dans un bain d’eau glacée.

« Le chaud et le froid nous font prendre conscience de notre corps, du moment présent, du moi et de l’autre. »

 

Avant de s’aventurer dans les quatre bains d’eau glacée d’Othership, on passe par le vestiaire universel.
Entre trempette glaciale et suée au sauna, les visiteurs peuvent socialiser autour d’un verre ou de la cheminée dans des espaces conçus pour une expérience partagée.

« Le chaud et le froid nous font prendre conscience de notre corps, du moment présent, du moi et de l’autre », précise-t-il.

Ce lien entre le chaud et le froid a également servi de fil conducteur à l’aménagement de cet espace de 280 m2 ainsi qu’au choix des matériaux qui le composent, explique Ali McQuaid, directrice de la création de l’agence de design Futurestudio. « Il y a un mouvement fluide, qui s’impose à nous en quelque sorte, lorsqu’on se déplace de la partie chaude à la partie froide et vice-versa. »

Surprise et plaisir y attendent les clients à chaque instant, le lieu ayant été imaginé comme une manifestation de ce qui arrive au corps et à l’esprit naviguant entre chaud et froid en l’espace d’une heure.

Toujours d’après Ali McQuaid, le bois de cèdre, qui habille le sauna et les murs, a été inspiré par le chaud et la brique, qui recouvre les murs des bains et la cheminée du salon de thé, par le froid.

Les différents sièges et le sol du salon de thé sont revêtus de tissus conçus pour les bateaux et donc capables de résister à l’humidité comme aux pieds mouillés. « Au lieu des spas, on a préféré regarder ce qui se faisait dans d’autres établissements où l’eau entre en jeu », ajoute-t-elle.

L’éclairage aussi était important, tant pour définir l’ambiance que pour créer un sentiment de sécurité pour tous. Les suspensions et luminaires encastrés produisent une lumière douce et tamisée pendant que des bougies éclairent chaleureusement les coins. Dans le salon de thé, un globe diffuse une lumière à la James Turrell, énergisante ou apaisante selon sa couleur, poursuit la designer.

Le but, conclut Harrison Taylor, était de créer un espace sécuritaire et propice à la transition, d’accompagner le passage physique de la rue au sauna, du tailleur-pantalon au maillot de bain devant des inconnus, du chaud au froid.

« Les gens étant à moitié nus, on doit faire en sorte qu’ils se sentent bien dans leur peau, vulnérables et à l’aise en même temps. C’est un lieu où s’opère un changement d’état, on en sort différent. »

Le sauna, qui peut accueillir 50 personnes, est en thuya géant, inspiré par le chaud, et en brique, inspirée par le froid.

Dans chaque numéro, nous demandons à un artiste de créer en toute liberté une œuvre d’art façon bloc.

BY: Michelle Ashurov

 

 

Panier de fruits se compose d’une génoise à l’huile d’olive, garnie de crème fouettée à la fleur d’oranger, raisins blancs pelés, kiwi, mangue, fraises et framboises, enrobée d’une crème au beurre à la meringue italienne, parfumée à la lavande salée.